Sénégal : le président Bassirou Diomaye Faye limoge son Premier ministre Ousmane Sonko et dissout le gouvernement
Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a signé le 22 mai 2026 un décret mettant fin aux fonctions de son Premier ministre Ousmane Sonko, actant ainsi la rupture entre deux figures politiques que tout semblait unir il y a encore deux ans . La décision, officialisée par le décret n° 2026-1128, entraîne la dissolution automatique de l'ensemble du gouvernement . Les ministres et secrétaires d’État démissionnaires sont toutement chargés d’expédier les affaires courantes en attendant la nomination d’un nouveau gouvernement dans les prochains jours .
Des alliés hier, des rivaux aujourd’hui
L’annonce met fin à une alliance politique qui avait porté Bassirou Diomaye Faye au pouvoir en mars 2024. À l’époque, le slogan « Diomaye moy Sonko, Sonko moy Diomaye » (« Diomaye c’est Sonko, et Sonko c’est Diomaye ») résumait la force de ce tandem . Ousmane Sonko, empêché de se présenter à l’élection présidentielle en raison d’une condamnation pour diffamation, avait alors choisi de soutenir son compagnon de lutte, qui remporta le scrutin avec 54 % des voix . Ce dernier l’avait nommé Premier ministre quelques heures seulement après son investiture le 2 avril 2024 . Mais près de deux ans après leur arrivée aux affaires, les tensions sont devenues publiques. Les divergences portent sur plusieurs sujets : le contrôle du parti PASTEF (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité), les orientations économiques et la gouvernance .
Les signes avant-coureurs d’une rupture
La fracture s’est notamment cristallisée autour de la restructuration de la coalition présidentielle « Diomaye-Président ». Le 11 novembre 2025, le président Faye a mis fin aux fonctions de Aïda Mbodj, proche de Sonko, pour confier cette mission à Aminata Touré, une ancienne Premier ministre . Le bureau politique du PASTEF, dirigé par Ousmane Sonko, a immédiatement désavoué ce choix, affirmant que le président « n’a pas le pouvoir » de procéder à cette nomination . Lors d’un rassemblement du PASTEF le 8 novembre 2025, Sonko avait prévenu que « toute restructuration de la coalition Diomaye-Président doit être menée autour du PASTEF », le parti majoritaire à l’Assemblée nationale avec 130 sièges sur 165 .
Le président Faye avait lui-même reconnu l’existence de désaccords, déclarant début mai 2026 : « Tant qu’il reste Premier ministre, c’est parce qu’il a ma confiance. Le jour où ce ne sera plus le cas, il y aura un nouveau Premier ministre » . Il avait également critiqué la « personnalisation excessive » du parti par son Premier ministre .
Un contexte économique et politique tendu
Ce remaniement intervient dans un climat particulièrement dégradé sur le plan économique. Le Sénégal fait face à une grave crise de la dette, le Fonds monétaire international ayant gelé son programme de prêt de 1,8 milliard de dollars après la découverte d’une sous-déclaration de la dette par le précédent gouvernement . Le niveau de la dette atteindrait 132 % du PIB fin 2024 .
Les désaccords sur la gestion de cette crise étaient patents : le ministre des Finances Cheikh Diba a révélé que Sonko avait refusé sa proposition d’augmenter les prix des carburants, ce qui pourrait entraîner un déficit budgétaire supplémentaire de 2 milliards de dollars . Le Premier ministre limogé s’opposait également à toute restructuration de la dette préconisée par le FMI, tandis que le président Faye se montrait moins affirmatif sur ce point .
Une réaction sereine d’Ousmane Sonko
L’intéressé a réagi avec une apparente sérénité sur les réseaux sociaux. « Alhamdoulillah (Louange à Dieu). Ce soir, je dormirai le cœur léger dans le quartier de Keur Gorgui », a-t-il écrit peu après l’annonce . Il est ensuite rentré chez lui peu après minuit, où il a été accueilli par des centaines de partisans venus l’acclamer .
Quelles perspectives pour 2029 ?
Ce limogeage intervient alors que l’Assemblée nationale a récemment adopté, le 9 mai 2026, une réforme du code électoral qui pourrait ouvrir la voie à une candidature d’Ousmane Sonko à l’élection présidentielle de 2029 . La réforme limite les causes d’inéligibilité aux seuls crimes économiques, effaçant l’obstacle de sa condamnation pour diffamation .
L’avenir politique de Sonko reste incertain. En mars 2026, il avait déclaré qu’il était prêt à retourner dans l’opposition si le président Faye s’écartait de la ligne du PASTEF . Avec sa mainmise sur l’Assemblée nationale, le parti conserve une capacité significative à influencer la gouvernance du pays. Le président Faye devrait annoncer dans les prochains jours la composition d’un nouveau gouvernement, dont on ignore encore s’il intégrera ou non des membres du PASTEF.

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