Le monde de la musique ivoirienne est en ébullition après le face-à-face électrique entre deux figures majeures du milieu : DJ Kedjevara et son ancien poulain, le rappeur MC One. Ce direct, animé par John Micky Mbala, a servi de tribunal public où les deux artistes ont vidé leur sac. Entre accusations d’ingratitude, problèmes de contrats et révélations sur la gestion de carrière, ce clash passionne les internautes. Ce conflit met en lumière les relations souvent complexes entre un producteur et son artiste dans l'univers du showbiz en Côte d’Ivoire.
La version de DJ Kedjevara : entre investissement total et ingratitude
Pour DJ Kedjevara, l'histoire est celle d'un mentor qui a tout sacrifié pour transformer un jeune talent en une star internationale. Il se présente comme le bienfaiteur qui a sorti MC One et sa famille de la précarité. Selon ses dires, il aurait logé le rappeur chez lui et l'aurait inscrit dans des écoles prestigieuses comme le Lycée Français pour lui offrir un avenir brillant. Il va plus loin en affirmant avoir déménagé les parents de l'artiste, qui vivaient dans des conditions difficiles, vers un appartement confortable à la Riviera Palmeraie.
Sur le plan professionnel, Kedjevara soutient avoir financé chaque étape de la carrière de MC One. Il évoque des clips coûteux tournés en Tunisie ou en France, ainsi que l'achat d'abonnés sur les réseaux sociaux pour construire une image de marque. Il précise même que les voitures de luxe, comme la Range Rover jaune, servaient uniquement à la "propagande" pour faire croire au succès de l'artiste. Pour lui, la signature avec le label international Sony pour seulement 1,6 million de FCFA, n'était pas une question d'argent, mais une opportunité de visibilité. Il accuse MC One d'avoir été manipulé par des "amis" et des "producteurs étrangers" qui lui ont fait croire qu'il était plus grand que son mentor. Aujourd'hui, Kedjevara se dit trahi et choqué par les propos de son ancien protégé, qu'il qualifie d'ingrat. Blessé, il a même annoncé qu'il ne produirait plus jamais personne après cette expérience amère.
La réponse de MC One : le cri de détresse d'un artiste exploité
Face à ces accusations, MC One a décidé de sortir du silence pour donner sa part de vérité. Bien qu'il garde une certaine politesse, le rappeur exprime une profonde amertume. Son premier argument concerne son jeune âge au moment des faits : il n'avait que 17 ans lors de la signature des contrats. Il accuse Kedjevara d'avoir profité de l'innocence de ses parents pour leur faire signer des documents qu'ils ne comprenaient pas. Le rappeur dénonce notamment un contrat de production d'une durée de 10 ans, qu'il qualifie de véritable "blocage" pour son évolution et sa liberté artistique.
Le point le plus sensible de son témoignage concerne sa famille. MC One nie fermement que Kedjevara ait pris en charge le loyer de son père. Au contraire, il affirme que ses parents sont restés dans la pauvreté malgré son succès apparent. Il explique qu'il devait utiliser ses propres cachets de spectacles pour payer ses études et subvenir aux besoins de ses proches. Il évoque des sommes dérisoires reçues, comme un montant de 30 000 FCFA pour son père, loin des millions évoqués par son ancien mentor. Pour MC One, il a été la victime d'un système de production abusif. Aujourd'hui, il souhaite tourner la page de cette "période noire" pour se concentrer sur son nouvel album et sa carrière indépendante.
Un débat sans fin et des leçons pour le showbiz
Ce clash entre Kedjevara et MC One divise l'opinion publique. D'un côté, certains défendent le producteur en rappelant qu'il a pris des risques financiers énormes pour lancer une carrière à partir de rien. De l'autre, beaucoup soutiennent le jeune artiste en dénonçant des contrats parfois trop lourds qui maintiennent les talents dans une dépendance totale. Le père de MC One est lui-même intervenu pour confirmer qu'il s'était opposé à la durée du contrat, mais que son fils, poussé par l'envie de réussir, avait insisté pour signer.
Le direct s'est terminé dans une impasse totale. Kedjevara promet de sortir des preuves et parle de diffamation, tandis que MC One demande simplement de l'honnêteté et de la transparence. Ce conflit montre les limites du système de mentorat en Côte d'Ivoire quand la confiance est rompue. Il rappelle aussi aux jeunes artistes l'importance de bien s'entourer juridiquement avant de s'engager sur le long terme. Malgré la colère, MC One admet avoir appris le métier à "l'école" de Kedjevara, mais il refuse que cela justifie, selon lui, une exploitation de son image et de son talent. La suite de leur carrière respective dira qui, du mentor ou de l'élève, saura rebondir après cette tempête médiatique.

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